Catégorie : Agility

  • Les éléments clefs de la systémique

    Les éléments clefs de la systémique

    Sans chercher à écrire un article qui se voudrait une bible de la systémique, je propose de balayer rapidement différents points qui me semblent importants à comprendre dès que l’on évoque cette discipline qui devient de plus en plus en présente parmi les coachs et consultants en entreprise (ce qui est, par ailleurs, une bonne chose).

    J’évoquerais donc ici ce que l’on peut considérer comme les deux piliers de l’approche systémique, ainsi que 5 grands concepts à côté desquels nous ne devrions pas passer.

    Les disciplines sous-jacentes

    Certes, il serait réducteur d’écrire que la systémique provient uniquement de deux ou trois grandes théories. Réducteur et faux, puisque cette approche émerge de la convergence de nombreux métiers qui n’ont, a priori, que peu de points communs : psychiatres, psychologues, mais aussi sociologues, philosophes , ingénieurs, anthropologues, …

    Dans cette convergence de métiers, je pense qu’on peut tout de même considérer deux grandes thématiques qui font consensus en tant que centrales. la théorie de la communication, ainsi que la cybernétique. Késako ?

    Théorie de la communication

    La théorie de la communication, dont l’un des plus grands noms est Paul Watzlawicz, s’intéresse au cheminement de l’information et à ce que ce cheminement crée. Cette théorie est aussi vaste que le champ d’application qu’elle couvre. Les éléments que je pense indispensables à retenir :

    La définition d’une information, par Gregory Bateson : « Une information est une différence qui crée une différence. »

    « In fact, what we mean by information—the elementary unit of information—is a difference which makes a difference, and it is able to make a difference because the neural pathways along which it travels and is continually transformed are themselves provided with energy. »

    Gregory Bateson, Steps to an Ecology of Mind

    Les axiomes de la communication, de Paul Watzlawicz:

    • Axiome d’impossibilité : « On ne peut pas ne pas communiquer »
    • Axiome d’englobement : « Toute communication présente deux aspects, le contenu et la relation, tels que le second englobe le premier et, par suite, est une métacommunication » (l’espace « meta », cher aux coachs systémiques)
    • Axiome de la ponctuation : « L’analyse de la communication dépend de la ponctuation des séquences de communication entre les partenaires »
    • Axiome de la double nature de la communication : « Les êtres humains utilisent deux modes de communication : numérique et analogique ». On appelle numérique l’ensemble des codes verbaux que l’on utilise pour communiquer et analogique l’ensemble des codes non-verbaux
    • Axiome de réciprocité : « Tout échange de communication est symétrique ou complémentaire, selon qu’il se fonde sur l’égalité ou la différence ». Aspect très important du coaching systémique, on en tire les principes de parité (échange symétrique) où les participants se considèrent comme égaux, des positions « hautes » et « basses » dès lors qu’il s’agit d’un échange de complémentarité.

    La cybernétique

    Deuxième pilier de la systémique, et ne se limitant pas à la robotique.

    « Qu’il soit un emprunt direct ou via l’anglais cybernetics, le mot est issu du grec ancien κυϐερνητική, kybernêtikê (« art de piloter, art de gouverner »), dérivé de κυβερνάω, kybernáó (« piloter »), lequel donne le latin gubernare, d’où gouverner en français. »

    Wiktionnaire

    Ce qu’on appelle cybernétique est l’étude des systèmes complexes ainsi que des mécanismes qui les régulent et / ou assurent les interactions.

    De la cybernétique nous viennent les concepts d’homéostasie (première révolution cybernétique (aux environs de 1940), ainsi que de morphogénèse et d’émergence (dans les années 50).

    Ces trois principes sont les leviers de tout coach et sont à la base de ce que l’école de Palo Alto définira comme « changement de type I » et « changement de type II ».

    Les concepts clefs

    L’homéostasie, la morphogénèse, l’émergence et les changements de type I et II

    L’homéostasie est un phénomène que l’on rencontre tous les jours, que l’on vit de manière simple et évidente; c’est celui par lequel un facteur est maintenu autour d’une valeur viable pour le système par des mécanismes de régulation.

    Par exemple: la température corporelle qui, lorsqu’il fait trop chaud, est maintenue [entre autres] par la transpiration et, lorsqu’il fait trop froid, est augmentée [entre autres] par la combustion de sucres et de graisses.

    En tant que coachs, nous pouvons percevoir ce phénomène par les régulations du système dans lequel nous sommes mandatés : l’autonomie d’une équipe, par exemple, qui oscillera autour d’un certain seuil, tantôt un peu plus, tantôt un peu moins, parce que ce seuil est – en quelque sorte – utile au système.

    Dans la vie d’un système, il peut tout de même lui arriver d’être en déséquilibre, de ne plus pouvoir maintenir son homéostasie. La disparition de proie pour des prédateurs est un exemple de déclencheur qui peut mener un système vers son déséquilibre.

    C’est ici qu’intervient la morphogenèse qui est, dans le cadre de la systémique, liée au changement du seuil autour duquel notre facteur oscille.

    Le système trouvera par lui-même ses nouvelles régulations: les lui imposer aura plutôt tendance à provoquer sa résistance, résistance qui pourrait d’ailleurs être l’une des régulations de son nouvel équilibre. Quoiqu’il en soit, ces nouvelles régulations sont émergentes. Il me semble important d’insister dessus, parce que c’est par cette conviction que je peux accompagner le changement et non croire que je conduis le changement.

    Ceci étant, déclencher une morphogenèse est ce que nous, coachs ou accompagnants au changement, visons, tout en gardant à l’esprit des principes d’éthique et de respect des coachés.

    Nous pouvons considérer donc deux types de changement :

    • les premiers concernent les oscillations autour du seuil viable / utile au système, et qui peuvent nous donner le sentiment désagréable que nous faisons un pas en arrière pour un pas en avant,
    • Les seconds, qui cette fois modifient le seuil autour duquel se font les « pas en avant / pas en arrière ».

    D’une manière logique, c’est ce que Palo Alto nommera respectivement les changements de type I et les changements de types II.

    Représentation des phénomènes de changements I et II

    Les retro-actions (feedback)

    De par l’axiome d’impossibilité et celui de réciprocité de la théorie de la communication, on peut déduire que chacune de nos communications vis à vis d’un « système » entraîne une réaction de celui-ci, qu’il nous communiquera.

    En systémique, nous modélisons les interactions par cette notion de feedback, qui, de manière irrémédiable, nous amènera à percevoir la causalité comme circulaire, plutôt que linéaire.

    Les représentations du cycle de l’eau dans les livres scolaires est un exemple de ces représentations, les cycles des marchés économiques également. Dans l’actualité, les rétro-actions de l’environnement est encore un autre exemple.

    Exemple de représentation sur le thème de la course à l’armement

    « Reality is made up of circles but we see straight lines. »

    Peter M. Senge, The Fifth Discipline: The Art & Practice of The Learning Organization

    Le principe de rétro-actions paraît évident lorsqu’on nous l’explique, cependant nous ne sommes pas instruits ou éduqués ainsi : lorsqu’on parle de « root cause », de « cause / conséquence », lorsqu’on s’intéresse au « pourquoi », par exemple, nous avons tendance à nous remettre dans une perception linéaire de la causalité.

    Ceci nous mène souvent à prendre des décisions qui maintiennent l’homéostasie.

    Un bon nombre de lois de la pensée systémique issues du livre de Peter Senge (la 5e discipline) sont liées au feedback :

    • Les problèmes d’aujourd’hui viennent des solutions d’hier (et de même : les solutions d’aujourd’hui seront les problèmes de demain)
    • Un peu de progrès précède beaucoup d’inconvénients
    • La solution de facilité nous ramène au problème de départ

    Le patient désigné

    Élément fondateur des thérapies systémiques, le patient désigné apporte un nouveau regard sur les pathologies et les dysfonctionnements sociaux.

    On ne considère plus une personne (ou un groupe de personnes) comme un problème (ou un malade); il est le porte-symptôme des dysfonctionnements du système auquel il appartient.

    Deux idées en découlent:

    • S’intéresser et soigner uniquement le porte-symptôme nous ramènera certainement à la même situation (si ce n’est qu’un nouveau porte-symptôme sera « désigné » par le système)
    • On ne blâme pas le porte-symptôme. Oui, c’est la personne qui râle, qui casse tout, … Et pour autant, sa présence est « utile » au système.

    De la deuxième idée, on pourra orienter sa pratique de coach d’une manière peu intuitive et peut-être plus efficace: permettre au système d’identifier les raisons pour lesquelles il maintient le concept de porte-symptôme.

    Un article détaillant le concept du patient désigné: « Le problème c’est que… » en tant qu’outil de souffrance.

    Les reflets systémiques

    On peut utiliser les relations que nous observons en séance comme des reflets du comportement général. Se faisant, et en questionnant ce qu’il se passe dans la session, nous pouvons travailler « localement » sur un phénomène qui se produit « globalement ». C’est, de manière un peu simple, ce que nous appelons reflet systémique.

    Par exemple, et en se basant sur l’axiome d’englobement, on peut questionner le coaché sur ce qu’il « joue » dans son interaction avec le coach, lorsque ce premier tente de le « séduire » ou de le questionner. De même, en coaching de groupe, le rapport au coach peut révéler des éléments dans le rapport avec la hiérarchie, la production du groupe peut révéler la capacité à s’engager de celui-ci, le respect des horaires de pause devenir un indicateur de l’attention aux délais, etc…

    Le coach utilise son intuition pour formuler des hypothèses de reflet. Le coaché (ou le groupe) y adhérera ou non. Si adhésion il y a, il en découle souvent un autre regard sur les situations, une prise de conscience du rôle que chacun joue dans celles-ci. Le coach, en tant qu’un accompagnant, sur le seuil des problématiques du coaché, pourra alors guider ce dernier dans le processus permettant d’identifier de nouveaux comportements à expérimenter.

    La double contrainte (ou double-bind)

    Ce concept se retrouve dès les origines de Palo Alto.

    Le double-bind est cette situation dans laquelle une personne ou un groupe se trouve face à deux injonctions qui forment un paradoxe. Il en résulte une contrainte impossible à tenir. Les membres de Palo Alto utilisèrent ce concept dans le cadre de l’étude de la schizophrénie. Cependant, nous sommes quotidiennement confrontés à ces doubles-contraintes.

    • « Soyez spontanés! »
    • « Tu dois lâcher-prise »
    • Le cas d’une équipe dont le manager exige l’autonomie tout en redéfinissant les rôles et les membres de celle-ci tous les deux mois,
    • Une personne qui demande de la reconnaissance et qui accuse toute marque de cette reconnaissance de tentative de manipulation,

    On comprend aisément que la double-contrainte est le signe d’un dysfonctionnement grave d’un système. Les identifier et les éclairer en méta-communiquant peut être bénéfique au coaché.

    Cependant, il y a un autre usage au double-bind: la créativité.

    Il peut y avoir deux moyens d’obtenir de la créativité dans une session de coaching, et offrir au coaché d’observer son contexte avec un regard neuf: la liberté totale (qui offre par nature tout le champs des possibles), ou la contrainte totale (qui amène une rébellion).

    La liberté totale ne semble pas possible à obtenir ne serait-ce que par l’ensemble des biais qui nous contraignent. Par contre, il se trouve que le double-bind est une contrainte totale.

    Attention cependant à l’intention visée. En aucun cas il s’agit de mettre le coaché dans une situation toxique ou dangereuse. Dans « la vraie vie », la double-contrainte est un dysfonctionnement grave qui peut amener l’individu ou le groupe qui y est confronté à l’immobilisme, « l’inexistence » voire la dissociation psychique.

    Aussi, l’usage du double-bind dans le cadre d’un coaching doit mener à une sortie du cadre, au développement de la capacité de méta-communication du coaché.

    Mot de fin

    Voici donc pour les concepts qui me semblent prépondérants lorsque l’on parle de systémique. En arrivant à la fin de l’article, peut-être vous demanderez-vous où se trouve le concept « système », que je n’ai pas détaillé.

    L’oubli est volontaire. D’une part parce que la définition d’un système se trouve facilement sur internet; d’autre part parce qu’il me semble intéressant de vous laisser y réfléchir (à l’aide des concepts évoqués plus haut), si vous en avez l’envie et le loisir.

  • « Le problème c’est que… » en tant qu’outil de souffrance.

    « Le problème c’est que… » en tant qu’outil de souffrance.

    « Le problème c’est que…  » est un préfixe de phrases communs par chez nous, Français.

    Cela ancre nos comportements, nous permet de trouver un ou des bouc-émissaires, de voir la faute en dehors ou culpabiliser et, surtout, de s’offrir le droit de ne pas être « acteurs ».

    Cet article tend à expliquer, de manière (trop) succincte, l’utilité du bouc-émissaire dans un système, et le regard différent de l’approche systémique sur les « gens à problèmes ».

    La causalité linéaire: une vision simpliste de la réalité.

    Partons du principe qu’une équipe, un groupe, une organisation, un couple ou encore une famille est un système vivant.

    Ce système se caractérise par des interactions internes et externes. On l’appellera système ouvert, parce qu’il est influencé par les communications qu’il entretient avec l’extérieur (autres équipes, entreprises concurrentes, …).

    Lorsque nous intervenons au sein d’une équipe en difficulté, d’un groupe, d’une organisation, d’un couple ou encore d’une famille, la situation nous sera souvent présentée avec un bon nombre de responsables, internes et externes au système.

    • « Notre concurrent nous met en difficulté et cette équipe n’est pas capable de livrer correctement pour nous faire remonter la pente »
    • « Nos ventes baissent, les clients ne veulent plus de nos produits. Nos responsables marketing sont complètement à la rue. »
    • « Ma vie de couple est insupportable, ma conjointe ne cesse de se plaindre. »

    Voici tout un exemple de coupables désignés qui nous seront présentés immédiatement par les représentants du système.

    Etant donné que nous ne pouvons nous occuper des « coupables externes », nous aurons une tendance à nous focaliser sur les « coupables internes ». Une approche naïve et instinctive sera de prendre rendez-vous avec le coupable interne pour pouvoir travailler sur ses « root causes », en se concentrant sur sa situation. Par naïve, j’entends « mécanique ».

    Nous sommes éduqués, en France, à traiter un problème là où on le voit: culturellement notre manière d’appréhender le monde suit le schéma causes – conséquences. C’est ce qu’on appelle la causalité linéaire.

    Le patient désigné

    L’approche systémique propose une autre appréhension de la réalité, par la notion de causalité non-linéaire et le principe des rétroactions.

    Reprenons cet exemple:

    « Notre concurrent nous met en difficulté et cette équipe n’est pas capable de livrer correctement pour nous faire remonter la pente »

    En systémique, nous considèrerons que les difficultés expliquent effectivement la difficulté de l’entreprise à faire face au concurrent. Cela n’est pas remis en cause.

    Cependant, nous considérerons également que les communications externes du système (entre l’entreprise et son concurrent) et internes (crystallisation du problème autour de l’équipe) sont la cause des difficultés de l’équipe.

    De là vient le concept de patient désigné, ou porte-symptôme.

    Nous considérerons ce patient non comme le problème à traiter, mais comme le symptôme du dysfonctionnement et de la souffrance du système.

    Afin de pouvoir observer, comprendre et traiter correctement les dysfonctionnements, il est nécessaire d’élargir l’accompagnement et la prise en charge autour du patient désigné.

    L’homéostasie et la rigidité des modalités de communication.

    A qui sert le patient désigné? Au système.

    A quoi sert le patient désigné? Au maintien de l’équilibre du système, qu’on appelle « homéostasie ».

    Ce patient est un bouc-émissaire des autres membres du système et leur permet de ne pas avoir à changer ou à se remettre en cause. Si les symptômes portés par ce patient disparaissent, cela forcera les autres membres du système à changer.

    De là émerge l’homéostasie du système:

    Les autres membres du système, par l’usage de feedback négatif vis à vis du porte-symptômes, vont entraîner une rétroaction « pathologique » de celui-ci. Cet échange aura pour effet de maintenir l’équilibre des forces, des rôles et des positions dans le système, le figeant dans la souffrance de ses membres.

    Si on s’intéresse au patient plutôt qu’au système, que l’on se concentre sur le symptôme plutôt que de considérer le système comme une entité atomique, ce dernier va s’auto-réguler. Ainsi, au fur et à mesure que le patient ira mieux, d’autres membres du système connaîtront de nouvelles difficultés, afin que les rôles de pouvoir et les habitudes de communication et d’interactions du système soient maintenues. Cela se voit dans une équipe: lorsqu’un membre en souffrance se sent mieux, l’équipe trouvera un nouveau bouc-émissaire. Ceci s’explique par l’absence de changement des modalités de communication et de positionnement interne au système. Cela s’observe dans n’importe quel système: dans une famille ou dans une entreprise. Combien de fois nous est-il arrivé d’améliorer la situation d’une équipe pour voir, juste derrière, la dégradation du quotidien d’une autre?

    S’il est important de soigner les symptômes (et donc de s’occuper du patient désigné) afin de décharger le système de sa souffrance à court terme, il est critique d’aborder également l’accompagnement du sytème dans son ensemble, afin d’offrir à l’ensemble des membres du système la possibilité d’observer leurs modalités de communication et les aspects pathogènes de ce système.

    Le système en tant que porteur de ses aspects pathogènes, mais également salutogènes.

    Le système est donc l’entité dont sont issues les difficultés et les sources pathologiques. Une fois ceci dit, on pourrait en arriver à une impasse.

    Il est envisageable de se concentrer sur des équipes en difficulté, des personnes atteintes de pathologies. On peut traiter cela. Mais comment traite t-on un un système?

    Et, afin de s’offrir un petit vertige: le système que l’on considère est un système ouvert appartenant à un système plus grand. Ainsi, la souffrance du système que nous observons n’est-elle pas que le symptôme de la souffrance du système auquel il appartient? Et bien… Si. C’est bien le principe de la systémique.

    Cependant, nous tâcherons d’intervenir localement (mais pas trop).

    Ainsi, lorsqu’on intervient auprès d’un membre d’équipe qui est un porte-symptôme, on réunir l’équipe, à chaque fois.

    Lorsqu’il s’agira d’une équipe en tant que porte-symptôme, on réunira son environnement (le plus proche).

    Et l’approche sera la même: les systémiciens insistent largement sur l’idée que, si le système est pathogène, il n’en demeure pas moins qu’il possède en lui des forces « salutogènes » qui lui permettront de trouver des nouvelles modalités de communication.

    La tâche principale du coach (ou du thérapeute, dans le cadre d’une thérapie), sera, face au système réuni dans la même séance, de permettre à l’information de circuler, à partir de plusieurs techniques (dont les questions circulaires), de créer un environnement favorable à l’empathie, afin que les membres du système puissent ensemble soutenir le patient désigné vers l’amélioration de son état, en trouvant par eux-mêmes les modifications dans les modalités qui définissent le système.

    En effet, la majeure partie des systèmes ont la créativité et les ressources suffisantes pour définir leurs propres solutions et les mettre en oeuvre, à partir du moment où ils y sont autorisés (idée du droit à l’erreur).

    De ce constat, de nombreux outils ont émergé, en grande partie du Mental Research Institue (MRI) de Palo Alto, tels que les thérapies brèves, les stratégies d’accompagnement (que l’on nomme, dans notre profession, « contrat de coaching), le Solution Focus, …

    Dernière remarque

    Peut-être avec un peu de provocation, mais cependant avec sincérité, je dirai que pour pouvoir accompagner un système en souffrance, il faut travailler avant tout avec les éléments qui n’en sont pas coupables, en leur demandant ce qu’ils gagnent à maintenir cette situation.

  • Les questions du coach

    Les questions du coach

    Suite à quelques discussions avec d’autres collègues, il m’est apparu utile de prendre un peu de recul sur la manière d’accompagner en tant que coach, agile ou non. Le sujet est très vaste et ne peut être traité en un seul article. Je vais commencer donc par une notion fondamentale (et non suffisante, certes): la posture du coach et sa matérialisation dans le langage, à savoir les questions.

    Il restera, suite à cet article, à mettre en valeur les stratégies de questions (par exemple, se basant sur Dilts, ou sur le questionnement circulaire), sur la manière de poser une question (gestuelle, intonation, …), sur la prise en compte des différents niveaux de la conversation (dans le contenu du coaché et dans le meta, de l’intérêt de passer de l’un à l’autre et comment éviter de se noyer dans des informations de type « bruit »), …

    Ceci dit, il faut bien commencer quelque part et cela paraît logique de le faire par la base de la structure. Donc…

    Quelques points d’attention

    • Un coach n’apporte pas de réponse au coaché. Le coaché est mieux placé que le coach pour savoir comment résoudre son problème. Dit d’une autre manière: si le coach est plus performant que le coaché, il aurait tout intérêt à être à sa place.
    • Un coach ne s’intéresse pas au problème du coaché, du moins dans les aspects techniques. En effet, le coach n’est sûrement (ou peut-être) pas en mesure de comprendre tous les aspects techniques du coaché, n’évoluant pas dans son environnement. Qui plus est, il y a la compréhension technique des problématiques du coaché par le coach se limite à la connaissance passée du coach et ne correspond certainement pas, d’un point de vue systémique, à des situations identiques à celle du coaché.
    • Un coach explore la manière dont le coaché expose son problème, afin de lui permettre d’observer sa situation de manière différente.
    • Le coaché viendra souvent voir le coach avec un problème décrit comme insoluble. Le coach n’aide pas le coaché à résoudre les difficultés dans sa perception d’origine. Le but du coaching est d’amener le coaché dans une autre perception à partir de laquelle il peut, par lui-même, élaborer ses propres solutions.
    • Le coach ne prend pas part au système dans lequel interviennent les problèmes du coaché. Dit autrement: le coach ne se met pas dans la possibilité de participer aux problèmes du coaché.
    • Le coach peut, par erreur, disparaître sous les informations à trop en chercher, ou s‘étrangler dans un lien de dépendance mutuelle créé avec son coaché.

    Questions fermées, questions ouvertes.

    Les questions fermées, c’est mal!

    Ou pas (décidément…). Rien n’est blanc ou noir. Cependant, il est utile de comprendre l’usage, en tant que coach, de ces types de questions.

    Les questions fermées sont utiles pour recadrer la personne par exemple:

    pour recentrer la discussion, éviter qu’elle se disperse et embarque le coach dans des sujets annexes dans lequel ce dernier pourrait être noyé.

    Une personne vient d’exposer le déroulement d’une journée difficile. Au moment de répondre à une question du type « qu’est-ce qui aura pu mieux se passer », d’un coup, le discours change: finalement, à la fin de la journée, ce qui était attendu a été produit, les décisions prises, …

    Dans cette situation, un simple « donc, tout va bien? » peut suffire à recadrer le coaché sur son sujet, et la difficulté qu’il souhaitait amener.

    pour induire une réaction vive destinée à enclencher le questionnement interne du coaché.

    Demander à la personne si elle peut faire plus un comportement qui lui pose problème.

     » – Bon! Je suis fatigué! Ils n’écoutent rien! Entre celui qui passe son temps à faire des bugs, l’autre qui refuse de faire ce qu’on lui demande, code ou documentation, … J’en peux plus.
    – Oui, je comprends. Est-ce que tu pourrais plus insister encore sur cet environnement horrible, s’il te plait? »

    Cette question repose sur l’idée que plus on demande à une personne de faire quelque chose, moins elle ressent l’envie de le faire. A manier avec douceur, car cela peut être vécu comme une moquerie, une agression. Ce n’est pas l’objectif.

    Dans les deux exemples, il est inutile d’écouter la réponse, voire contre-productif. Qui plus est, partir avant que le coaché ait eu le temps de répondre évitera une recherche de confirmation du coach et remettra le coaché face à lui-même. On peut partir poliment en prétexte un besoin physiologique urgent, ou brutalement en ne disant rien: les deux fonctionnent, la deuxième méthode mieux que la première.
    Ensuite, on peut revenir vers le coaché, qui, tourné à nouveau vers lui-même, (re)trouvera sa capacité à raisonner et à se valider par lui-même sans chercher la bénédiction du coach.

    C’est dans ces moments d’introspection que les questions ouvertes sont précieuses: le coach se doit de « disparaître » en tant que personne douée d’opinions et de ressentis – dans ses questions du moins – pour que le coaché puisse être libre de s’explorer sans subir l’influence extérieure d’une personne qui n’est pas lui, qui n’a pas son vécu, qui n’a pas sa situation.

    Des questions du type « Tu ne penses pas que ce serait pas mal de mettre ça en place? » sont interdites au coach: c’est une posture d’expert qui camoufle une injonction derrière une forme interrogative. Pour en revenir aux principes de base du coaching, il est nécessaire de se rappeler que les problèmes des autres sont les leurs, qu’on peut les aider à prendre conscience qu’ils peuvent les résoudre et trouver leurs propres solutions, mais pas les résoudre à leur place.

    Tout est question(s) de perception

    Comme vu précédemment, un coaché présentera souvent son problème comme insoluble. La raison en est simple: si la personne expose son problème clairement et dispose des capacités et des compétences pour pouvoir le traiter, elle est déjà en mesure de le faire. Si la personne n’est pas à même d’y parvenir, il sera nécessaire de l’amener à modifier la manière dont elle formule son problème ou la manière dont elle souhaite arriver à son objectif, en trouvant des clefs pour réduire les contraintes du problème.

    Le coaching ne repose pas sur la remise en cause de l’objectif: celui-ci appartient au coaché et lui seul peut réviser ou non son objectif.

    Le coaching s’intéresse et travaille sur la manière dont sont exprimées les difficultés liées à l’objectif du coaché, afin que celui-ci change son angle de perception, envisage de nouvelles options, pour atteindre son objectif.

    Les pièges à éviter…

    L’attitude consultant.

    Le grand piège d’un coach qui débute est son envie d’aider. Ou son envie d’être aimé. Cela peut donner le désir de fournir au coaché des solutions préfaites et mener à un comportement en biais et un questionnement décalé et privant le coaché d’un espace qui lui est propre. Qui plus est, par des propositions ou suggestions présentes dans ses questions, le coach donne des solutions ou des orientations qui proviennent de son contexte, de sa perception. Pour pouvoir les appliquer, le coaché sera obligé d’adopter la même perception que le coach, et n’aura pas travaillé sur sa propre capacité à modifier, par lui-même, son angle de vue.

    Un exemple?

    « Est-ce que tu penses qu’en discutant avec ton manager, tu ne risques pas de prendre des risques? »

    Bon… Ok, c’est une question fermée… alors autre exemple:

    « Quels sont les risques que tu prendrais en allant voir ton manager? » (alors que le coaché n’a jamais parlé de risques avant la question).

    C’est un exemple réel…

    Plus généralement, les questions qui commencent par « est-ce que tu penses que… », « est-ce que tu vois… », « est-ce que tu comprends… » sont souvent à éviter, car sont propices aux suggestions.

    Le péché d’analyse. Pourquoi?

    Nous grandissons, dans nos sociétés occidentales, dans une pensée analytique. Ce n’est pas tant qu’elle est mauvaise, mais plutôt qu’elle n’est pas auto-suffisante (la pensée analytique est un outil puissant, lorsqu’elle est employée conjointement avec l’approche systémique).

    L’idée principale de l’analyse est qu’il y a une cause principale (root cause) à tout problème. Ce qui revient à dire : « il y a un coupable à tout problème ». Une fois cela admis, il y a un risque fort de positionner en bouc-émissaire puis mettre le bouc-émissaire de côté et ne pas changer.

    Et l’outil principal de l’analytique n’est pas mieux: « Pourquoi? ». Connaissez-vous la méthode des 5 (ou 7 (ou …)) « pourquoi »?

    Les questions en « pourquoi » amène le coaché à se justifier, à justifier une situation. Plutôt que de lui permettre de modifier la manière dont il perçoit la situation, on lui ancrera plus profondément celle-ci en utilisant ce type de questionnement.

    Du coup, préférez des questions circonstancielles (quand? où?)

    Les questions réflexives: permettre l’élaboration d’un avenir différent

    Les questions réflexives permettent au coaché de réfléchir à sa situation une fois que le changement de perspective est amorcé. Le mot clef de ses questions est « Comment? ».

    Comment pourriez-vous mettre en place des tests?
    Comment pourriez-vous discuter avec votre manager?

    Ce type de questions permet au coaché d’élaborer une nouvelle stratégie qui lui est propre.

    Conclusion

    Le questionnement est crucial pour le coach (et le questionnement circulaire plus encore, pour le coach systémique).

    Il y a cependant beaucoup de manières de poser de « mauvaises » questions en tant que coach. Fort heureusement, beaucoup de bonnes aussi.

    Mais, avant tout, il est nécessaire de comprendre la posture d’un coach, son positionnement par rapport à son coaché, son positionnement par rapport au sujet de la discussion et au problème posé par le coaché.

  • Comment faire des jugements utiles?

    Comment faire des jugements utiles?

    On peut pas.

    Du coup, il ne faut pas juger.

    On peut pas non plus…

    Tout comme l’injonction « soyez positif! », l’idée de ne plus poser le moindre jugement vis à vis des autres est impossible à tenir si on prend notre passif culturel. Cependant, on peut au moins comprendre ce qu’il se produit lorsqu’on exprime ce genre de propos, pour soi et pour les autres.

    Même si cela n’évitera pas les problèmes, « raccrocher les wagons » peut devenir plus simple après avoir créé une situation de tension (le tout sans s’en rendre compte). C’est ce que je propose d’explorer dans cet article (aller! pour une fois je pose l’intention dès le début!)

    C’est quoi un jugement?

    Plutôt, comment définirais-je un jugement?

    Un jugement est pour moi une qualification, positive ou négative, que l’on porte sur un objet (soi, les autres, un objet, …). Et nous en offrons à loisir à notre entourage. A vrai dire, il est rare que nous soyons factuels.

    « C’est une belle chaise » est autant un jugement que « cette personne est stupide ». Le jugement pimente notre expression et raccourcit ce que l’on devrait dire si nous suivions précisément notre processus cognitif… Celui qui, de manière interne, dirait quelque chose du style:

    « C’est une chaise avec 4 pieds, en bois massif, dont le dos est décoré, et qui est similaire à celles dans lesquelles je m’installais chez ma grand-mère lorsque j’étais enfant, ce qui me rappelle un souvenir heureux dans un environnement que j’aime me rappeler; et les barreaux du dossier ressemblent à ceux avec lesquels je jouais et que j’admirais tant. Je me sens bien, nostalgique mais joyeux. Je trouve cet objet beau ».

    Ouais… C’est long et pénible à écrire (<- ceci est un jugement).

    Ah! et puis, parfois, le jugement peut également compliquer nos interactions.

    Comment peut être vécu un jugement?

    Avant de dire que juger est bien ou mal, j’ai envie de me pencher sur le fonctionnement d’un jugement.

    Prenons par exemple, une phrase qui paraît sympathique: « Tu es belle! ».

    Dans cet exemple, le propos est tenu au sein d’un couple (je ne parlerai pas des situations de harcèlements qui sont, pour le rappeler, punies par la loi).

    Plus haut, j’exprimais l’hypothèse selon laquelle un jugement peut être un « raccourci ».

    On peut penser que la personne s’écriant « tu es belle! » est dans une émotion joyeuse, amoureuse, souhaitant le communiquer, et bim! parle de l’autre plutôt que de parler de ce qu’elle vit, en la qualifiant d’une manière « absolue ».

    Parfois, cela fonctionne et c’est vécu comme un compliment.
    Parfois, c’est gênant, parce que la personne en face n’est pas dans un moment où elle peut recevoir de qualificatif. Par exemple en pleine action, concentrée sur une tâche sérieuse.
    Parfois, ce sera juste mal pris. « Non, je ne suis pas belle », ou « Ne me réduis pas juste à un objet joli à regarder »,
    Etc…

    A noter que pour l’exemple, j’ai pris en destinataire une femme parce que c’est une situation que je connais, et j’ai connu les trois cas précédemment cités. Plusieurs fois.

    Un autre exemple (ah ah! Qui m’arrive également occasionnellement): « T’es lourd ». Cette fois, il faut imaginer la situation où je peux faire quelque chose qui est perçu par l’autre comme une bourde, et que la phrase « t’es lourd » est dite sur un ton joyeux.

    Pareil: je peux mal le prendre, bien le prendre, ne pas y réagir. Cela dépend de mon état interne.

    Evidemment, il en est de même pour les jugements négatifs exprimés avec plus d’agressivité, de violence, … avec plus de chances d’être mal vécus que bien vécus (évidemment).

    Et tout ceci mène souvent à une incompréhension, dans les mauvais cas: « mais tu prends tout mal, moi je plaisantais ».

    Comment faire autrement?

    Du calibrage ou de la synchronisation… Sans aller sur le domaine du magique. Juste, rester simple.

    S’exprimer sous la forme d’un jugement est sûrement le moyen le plus répandu pour se déconnecter de l’autre, de l’empathie à l’autre. Pourquoi? Parce qu’on exprime son humeur sans faire attention à ce que l’autre vit. Même lorsqu’on dit des choses que l’on voudrait positives. Et l’autre n’a pas non plus la possibilité de comprendre cette humeur pour, potentiellement, s’aligner avec, puisqu’elle n’est pas exprimée.

    On peut revenir à la Communication Non Violente, ou les étapes Observation Sentiment Besoin Demande évite de masquer à l’autre ses sentiments et ses besoins. Parfois, il n’y a pas de demande à exprimer. Cependant, il est crucial, pour se faire comprendre de l’autre, de lui communiquer son état émotionnel. Par respect pour l’autre, mais surtout par respect pour soi. Si l’autre ne réagit pas comme je l’espérais, ce n’est pas parce qu’il est idiot, stupide, ne fait pas d’effort, vit dans un autre monde (et une flanquée de jugements! une!). Non: si l’autre réagit mal c’est avant tout parce qu’on ne lui a pas permis de nous comprendre.

    Si je dis « je te vois active, et t’occuper de tout un tas de choses, je me sens admiratif et amoureux, et cela me donne envie de te dire que je te trouve belle à mes yeux », on pourrait certes questionner les motifs de mes envies. Mais d’une, ce sont les miennes, de deux, cela augmente mes chances d’être compris. Au passage, il m’est arrivé de croiser des personnes pour qui dire « tu es belle » à une personne ne pouvait signifier uniquement « je te veux dans mon lit ». Bonjour les incompréhensions…

    Bon… La base de la CNV n’est pas non plus l’unique autre manière de faire. Par exemple, observer l’autre et adopter la posture que celui-ci, permet de faire passer plus facilement les messages, voire de ne pas en faire lorsqu’on sent que c’est inapproprié. Ceci signifie d’utiliser son empathie cognitive. Et, si on a l’impression d’en manquer, c’est un excellent exercice pour la développer.

    Et si on n’y arrive pas? C’est pénible de faire attention à tout ce qu’on dit?

    Et bien, comme d’habitude. On ne s’en veut pas: on fait déjà de son mieux. Personne n’est parfait, aucune interaction ne l’est, ce serait dommage de se flageller pour cela.

    Par contre, comprendre ce qu’il se produit lorsqu’on exprime un jugement possède aussi un énorme avantage: on se retrouve à moins en vouloir à l’autre, à plus facilement comprendre pourquoi le message ne passait pas, pourquoi il y a eu un décalage, une incompréhension.

    Dans le fond, ni l’autre, ni soi ne sont vraiment responsables de ces situations qui peuvent être parfois très pénibles: l’apprentissage du langage, en tout cas le français, peut facilement se baser sur la moquerie, la critique, le cynisme.

    Par contre, nous avons la chance de pouvoir rendre la communication sereine, d’être plus à l’écoute, au fur et à mesure. Et c’est déjà beaucoup.

  • Le monde a besoin de toutes les manières de penser

    Le monde a besoin de toutes les manières de penser

    Pour une fois, ce sera juste un court article, pour une belle personne.

     

    Parce qu’elle exprime parfaitement bien ce propos, je ne vais pas commenter plus et vous laisser avec ce lien:

  • Etre positif pour être positif ne sert à rien…

    Etre positif pour être positif ne sert à rien…

    … voire est contre-productif.

    On nous rabâche « soyez positifs dans ce que vous entreprenez » au travail, dans les relations interpersonnelles, vis à vis de soi-même, à tel point qu’il est possible de culpabiliser de ne pas l’être, ou de reprocher aux autres de ne pas positiver.

    Le must étant d’y ajouter une couche de lâcher-prise (parce qu’il faut lâcher-prise, c’est important).

    Cette injonction à être positif consiste à appréhender les événements sous un meilleur aspect, augmenter ses chances de succès, viser la réussite plutôt que le risque. Cependant l’aspect culpabilisant demeure : si tu ne réussis pas, c’est que tu n’es pas assez positif.

    Pourtant il est vrai qu’être positif ou négatif a un impact sur ce que nous vivons. Il me semble donc utile de comprendre pourquoi et de quelle manière nous réagissons, neurologiquement.

     

    Le cerveau réagit de manière cohérente dans un objectif de survie…

    Il m’apparaît nécessaire, avant même de parler d’ »être positif ou négatif », de se poser un instant sur la manière dont nous réagissons aux stimuli, et de revenir rapidement sur le pourquoi.

    Premier constat: le cerveau ne réagit pas de la même manière face à un stimulus positif et un autre négatif. La réaction de l’amygdale est plus importante, autant dans l’effet immédiat que dans la durée, dans le cas d’un stimulus négatif ( source: Not all emotions are created equal: The negativity bias in social-emotional development, Amrisha Vaish, Tobias Grossmann, and Amanda Woodward, 2008 ) .

    Dans ce schéma (cliquable), provenant d’une autre étude, il n’est question que d’une réaction à des odeurs

     

    Donc, donc… Nous passons plus de temps et plaçons plus de concentration dans la gestion de nos expériences négatives. Et cela est utile : on retrouve derrière les possibilités pour l’être humain d’avoir pu survivre en tant qu’espèce. Placer cette importance aux expériences négatives permet d’éviter un certain nombre de situations dangereuses, difficiles à vivre, générant du stress.

    Il existe une hypothèse selon laquelle, de génération en génération et la sélection naturelle aidant, le cerveau humain a conservé une faculté à grossir les événements négatifs et à considérer les événements positifs dans une moindre mesure, certes chouettes, mais d’une utilité restreinte lorsqu’il est question de survie.

    Bon, du coup, d’une, le « biais cognitif de négativité » trouve une explication probable dans la physiologie du cerveau, mais qui plus est, il nous a été sûrement très utile pour « élever » (si on peut le dire ainsi) l’espèce humaine à la marche où elle se trouve.

    Bref… Pourquoi nous saouler avec le positivisme, nom de … ???

     

    … et si votre seule envie est de survivre, ne changez rien !

    Bon… ce n’est pas mon cas.

    Donc, naturellement, je vais avoir une tendance à prêter plus d’attention aux situations négatives. Si je me contente de cela, je vais réussir à assurer ma possibilité à survivre jusqu’à ma mort, et qui plus est, je me suis reproduit : pour l’espèce humaine, ma responsabilité est OK (enfin, je n’ai qu’un enfant pour le moment, mais bon…).

    Ceci dit, relationnellement, comment cela se passe?

    Si je m’intéresse trop aux aspects négatifs, je vais forcément les communiquer aux autres. Les autres se retrouveront à réagir à un stimulus négatif. Il y a un effet de contagion.

    Et, par ailleurs, suis-je si souvent confronté à des situations où ma survie est en jeu?

    Je dois bien admettre que non. Une grande partie des décisions qui sont face à moi n’ont pas pour finalité d’assurer ma survie, mais plutôt mon bonheur, ma joie, mon contentement.

    Aussi, ce n’est pas tant que le « biais cognitif du négativisme » m’empêche de prendre de bonnes décisions, plutôt que ce biais ne me permet pas de prendre des décisions conscientes et rationnelles dans certaines situations. Pour la survie il est indispensable. Pour être heureux, il va falloir trouver des clefs ailleurs.

    Par contre… Il est inutile de culpabiliser les autres pour un « défaut de positivisme ». S’il vous est déjà arrivé que l’on vous reproche votre négativisme, il est important de comprendre que celui-ci est physiologique. Ce n’est pas [uniquement] que vous êtes une personne pénible.

     

    Mais du coup, pourquoi chercher le positivisme? (parce que là, y’a tout et son contraire)

    Etre positif aide essentiellement à ne pas voir le monde plus mauvais qu’il ne l’est et à ne pas se sentir systématiquement en train de survivre dans un environnement hostile.

    Je vais l’écrire également dès maintenant : il manque des études [scientifiques, mais disons que cela allait de soi] pour montrer l’impact des émotions positives sur la manière de vivre. A la limite, sur les enfants, on ne réussit à distinguer de différences dans le comportement exploratoire et d’adaptation lorsque les sujets étaient soumis à des émotions neutres ou positives. Par contre, on remarque que des émotions négatives diminuent fortement la capacité à l’exploration et à l’adaptation.

    Et, encore une fois, on n’a pas besoin de s’adapter ou d’explorer pour [sur]vivre. Après tout, chacun est libre de vivre comme il l’entend, si ce n’est que mettre trop en avant les événements négatifs engendre, encore une fois, une contagion de son environnement.

    Réussir à dépasser les habitudes de notre cerveau (j’entends « cerveau » en tant qu’espèce, non en tant qu’individu) est faisable et demande quelques ressources. Par ailleurs, dans les articles sus-mentionnés, il n’est pas question de l’ensemble du cerveau, mais de la zone limbique de celui-ci. Nous avons également un cortex auquel nous pouvons faire appel, pour pouvoir créer une situation où on peut explorer plus facilement et / ou s’adapter.

     

     Et comment?

    Premier point : ne pas omettre ni nier les émotions négatives. Il est nécessaire de les prendre en compte, ou elles finiront par exploser plus tard, sous une autre forme.

    Ensuite, il est nécessaire de garder à l’esprit que se souvenir des émotions et moments positifs n’est pas naturel, au sens physiologique, et donc accepter au début que cela paraisse artificiel. Le mécanisme est artificiel, pas les émotions.

    Et s’efforcer de lister pour soi plusieurs moments positifs, soit chacun jour, soit de manière cyclique, en rétrospective.

    Il arrivera un moment où le mécanisme deviendra une habitude, une coutume, sur laquelle on pourra s’appuyer pour trouver le courage d’aller de l’avant.

  • Des émotions partout!

    Des émotions partout!

    « émotion »: de émouvoir, d’après l’ancien français motion, mouvement.

    Peut-être parce que j’y prête de plus en plus attention, je remarque de plus en plus, autour de moi, des personnes qui refusent leurs émotions, que ce soit dans le cadre personnel ou professionnel.

    Combien de fois m’est-il arrivé de me faire envoyer dans les roses (pour être poli) après avoir demandé à une personne que j’accompagne et qui visiblement vit difficilement quelque chose: « comment te sens-tu? ». Réponse immédiate: « On n’est pas ici pour étaler ses émotions, j’ai du travail, si tu permets ».

    Ou de voir une autre personne claquer son clavier, taper contre le mur, incendier un collègue… A chaque fois, il y a une justification totalement logique et intellectualisée: « il a fait n’importe quoi », « il nous met dans la merde », bref, on peut continuer facilement à relever ces propos.

    Et les burn out, le stress, …

    (suite…)

  • Ces habitudes qui vous empêchent d’avancer…

    Ces habitudes qui vous empêchent d’avancer…

    Le naturel humain cherche à s’adapter en prenant en compte ce qui lui déplait, ce qui l’inquiète, afin de bâtir un ensemble de solutions, d’actions, pour progresser.
    Les formations d’ingénieurs se basent pour beaucoup dessus, menant à une très forte pensée analytique:
    – Etablir l’état des lieux
    – Mettre en valeurs les problématiques
    – Définir une solution adaptée à ces problématiques

    Cette approche (analytique et naturelle) dispose de nombreux avantages au point que de beaucoup d’entreprises se fondent presqu’uniquement autour de celle-ci. Cependant, vu l’évolution de ces dites entreprises (IBM, Xerox et tant d’autres…), est-elle suffisante pour permettre à ses structures sociales complexes de survivre et continuer à évoluer? L’histoire semble dire le contraire…

    (suite…)

  • Building a team: « What motivates you? »

    Building a team: « What motivates you? »

    Motivation is a key (well, also a keyword) to open the most terrific and surprising doors.

    Motivation is more important than skills (don’t get me wrong: skills are important).

    Motivation is what helps people to continue working even if all around us, the world collapse.

    As a team leader, Motivation is nothing that you can give to people.

    But you can inspect what motivates your team(s), to find out how to inspire them, and how you can help them maintaining their own motivation. Human being is really impressive when it goes to enthusiasm: it only depends upon the environment, and when this environment is properly setup, this motivation and enthusiasm can grow infinitely by itself. Anyway, building a strong environment aligned with a team is not « simple and always funny ».

    Once we agree on that, here’s a little help to understand the motivation factor of a team, based on Dan Pink’s book and three main elements of motivation: purpose, autonomy, mastery.

    (suite…)

  • Building a team: Introduction

    Building a team: Introduction

    It reminds me this <3 <3 <3 :

    https://www.youtube.com/watch?v=2_2lGkEU4Xs

    Well… wait… No no no… Boxes, ressources, are we really talking about people? Are we reeeaally talking about teams? Okay, no, obviously. Everyone knows it. But not everyone knows or takes the time to build teams and sometimes (often?), in organisation, those groups of different persons stay groups, never become teams and at the end, vanish slowly behind individual concerns…

    Differences between team and group may be subtle. Lets try to keep it simple.

    (suite…)